Carnet de Voyage de Paris à Tokyo et Kyoto en passant par Fuji-San et Koya-San

23 octobre 2009

Pour Sensei

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J’ai découvert le travail de Maître Yusai Okuda au Musée des Arts Décoratifs de Paris en décembre 2008, dans le cadre de l’exposition « Kansei Japan Design Exhibition ».

Voici son site : http://www.yumeyusai.jp/outline/index.html

Il m’a offert l’immense honneur et privilège de collaborer avec lui à Kyoto, voici le résultat de ce travail.

 

Les photos suivantes sont réalisées par Matthieu Gauchet avec Marie Barbottin danseuse.

 

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Arigato Gosaimazu, Sensei...

 

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22 octobre 2009

Workshop sur les rives de la rivière Hozu

Echanger sur des techniques de drapé avec des japonais:

Ce qui m’a le plus  frappé est leur capacité à s’extasier, à apprécier une chose élémentaire, à décrire l’évidence.


Je crois comprendre que la pensée zen dans sa description du réel encourage cela. Pensée ancrée dans le réel, où la métaphore, n’a pas sa place.

Ni le récit, ni l illustration d ailleurs.


Une grande découverte pour moi, toujours dans la métaphore de la métaphore…

 

 

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Le vide ou le « ma »

Le vide ou le « ma »

Voilà quelques jours que je parcours un des pays les plus denses du monde. Contrairement à Paris, où, surtout dans les transports en commun, autrui peut parfois donner l’impression d’une gêne, voire d’un obstacle, ici une dynamique fluide et organique semble accorder la foule dans une mise à distance liante et séparatrice.

Lors de ma deuxième journée chez le teinturier Maitre Yusai, j’étais considérée comme une membre de l'équipe, et l’espace construit de ma première visite, a progressivement laissé apparaître une articulation de lieux vivants. Par le jeu des cloisons coulissantes, l’entrebâillement de ces dernières devenait soudainement le témoignage du passage des individus qui vivent ou travaillent. Si ce dispositif permet la théâtralisation et la mise en scène d’un raffinement parfaitement maîtrisé, il offre aussi une parfaite réversibilité qui sait offrir la flexibilité pratique répondant à tous les besoins d'une journée. Ainsi, la salle de réunion du matin, devenait salle à manger le soir, puis, y ayant oublié mon appareil photo, j’ y retrouvais surprise, deux petites chambres partitionnées avec futons pour des invités qui allaient y passer la nuit.

L’immense temple de Koyasan où j’ai aussi séjourné, devait bien compter une cinquantaine de pièces, toutes uniquement séparées par des cloisons de papier, sans clefs. La mise a distance, qui se matérialise peu ou prou dans l’architecture existe simplement à travers les comportements, la manière appropriée de se comporter à l’égard d’autrui .

Cela pour vous parler du vide, le "ma" en japonais, notion qui dépasse largement notre vide.

J’avais travaillé cette notion durant mes études d architecture, me formant à observer ce que la matière circonscrit plutôt que la matière elle-même.

« Le "ma", un espacement charge de sens.

"La pensée japonaise, foncièrement attachée au phénoménal et, par conséquent, au lieu de l'expérience sensible et à sa durée, a logiquement conféré une importance déterminante à la notion d’espacement. Un seul mot, des plus commun désigne celle-ci: le ma. (...)
 

Dans un espace confondu avec les évènements qui s’y produisent, le ma relève de la liaison et du mouvement; il associe deux idées fondamentales: la nécessite et la succession.

Dans l’espace musical, il est l'intervalle précis et cependant inquantifiable entre deux sons. Il est à la fois pause, puissance de changement, et envers du rythme.

Dans la danse traditionnelle et dans le Théâtre Nô, il est l'instant d’immobilité qui n’est pas tant l’absence de mouvement que l’infinité des mouvements possibles.

Dans l’art du thé, il est la distance maintenue entre l’hôte et ses invités.

Dans les lavis d’encre de chine, il désigne, entre autres aspects, la relation des blancs et des valeurs de gris: il est le lieu où le non peint devient peinture et où le subjectile se fait profondeur.

Dans l’architecture traditionnelle, il est la scansion modulaire qui organise l’espace habitable.

Dans les jardins zen, il est la justesse de l'espacement matériel -entre les pierres principalement-, que l’on éprouve comme respiration rythmique, c’est à dire comme distance et durée qualifiées.

Pour le dire simplement, le ma s’applique à nombre de situations et d’objets qui encadrent ou qui bornent un vide, et ce faisant, le font exister."

Fabien Faure, in Richard Serra, Ma réponse a Kyoto

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Rêve de japon

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Au fil de mes lectures depuis Paris, j’avais pu me faire quelques idées, des interprétations.
Dans la navette qui m’emmenait de l’aéroport à Tokyo centre. 

Je regardais le paysage. Depuis 3 ans je regardais régulièrement les peintures de Kaii Higashiyama.

J’adore ses représentations des paysages. Les végétaux y forment souvent un bloc dense et mousseux: je croyais qu'il s'agissait d’une stylisation, d’une vision qui était propre à ce peintre.

 

En fait, j’ai retrouvé par la fenêtre du train ce que j’avais vu dans ses peintures: les bosquets ont une densité/ opacité et une forme arrondie vraiment particulière.


Ou bien est-ce encore que d’avoir trop regardé ces peintures je vois le réel à travers elles??

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Ma rencontre avec Fuji-San: 3776 mètres d'ivresse

En fait, j’ai gravi le Mont Fuji avant d’avoir pu le voir à distance. En été, l’humidité de l’air est telle, qu’on ne peut pas l’apercevoir.

 

Dès les premiers mètres, à la tombée de la nuit, le spectacle de la plaine illuminée s’est donné à nous. Des villes en forme d’étoiles filaires, reliées par des réseaux, ou séparées par des lacs ou des petites montagnes, semblaient comme en suspension, la matière disparaissant dans la nuit, seule la lumière témoignait encore de leur présence inconsistante.

 

Nous étions nombreux et formions tous ensemble un corps de mille-pattes lumineux géant dont le corps se détendait ou se comprimait selon la difficulté du terrain.

 

L'ascension du Fuji est une ascension sans fioritures et sans concessions: ligne droite tracée jusqu’au sommet, courbe exponentielle de plus en plus raide à mesure qu’elle avance, nous faisant changer d’atmosphère à une vitesse un peu folle. J’étais dans le bon état d'esprit ce jour-là : j’avais l’ivresse des hauteurs heureuse et ma compagne d’ascension a pu voir dans mon regard fou celui de Fitzgaraldo à l’assaut de l’Amazonie...

 

Nous sommes arrivées au sommet à l’aube, où le soleil nous nous a laissé un peu de temps avant de nous offrir ce qu’il a de meilleur, dans le silence respectueux des centaines d’êtres qui étaient venus à sa rencontre.

 

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En quittant Fuji, dans la plaine, je me suis retournée et je l’ai aperçu derrière le train qui allait nous ramener à Tokyo. Immense, immensément bleu pâle, comme les nuages, à s'y confondre.

 

Je savais bien qu'en le gravissant nous flottions.

Merci Fuji San.

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Jardins

 

* Des branches de pins sont consolidées par des tiges de bambous, d’autres sont lestées par des pierres…

*Des jardinières âgées, emmitouflées, en pleine chaleur, accroupies sur la mousse, la soignent, cm2 par cm2…

*La mousse, parfois presque vert fluorescent…

 

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*Le mur d’enceinte d’un jardin sec constitué d’argile cuite dans l’huile bouillante il y a 300 ans pour que des motifs viennent dessiner de magnifiques nuances…

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"sabi"= noble patine

 *"Le pavillon d'or" et de délicatesse.
Grâce à la réverbération du soleil sur le lac il devient lumière, il flotte.
L'endroit sous le débord du toit, la partie habituellement le plus sombre, est ici un concentré de lumière.
Les lignes courbes du toit en pagode sont délicatement tendues, tout en élégance.
Posé sur le lac, le lac se poursuit à l'intérieur: point de plancher, cette architecture circonscrit un vide à fleur de lac.

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*Les jardins zen, jardins minéraux, ou, le génie du lieu.


le vide est densifié, il ouvre le lieu

le vide n’est pas rien, il n’est pas non plus un manque

Esthétique de l’indifférence

Le jardin sec n’a d’autre but que de favoriser une conscience accrue du réel.

La "non pensée" du zen ("munen muso") s’attache constamment à rabattre le réel sur lui-même.

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Montagne Sacrée, O Bon à Koyasan

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Quitter et revenir

Cet après-midi, je marchais autours d’un lac dans un parc national de la région de Oze.

Par la magie du décalage horaire et de l’aviation, demain, à la même heure, je pousserai la porte mon atelier à Paris.

Dernier soir à Tokyo.

A peser les valises.

« Le passé, c’est comme l’étranger, ce n’est pas une question de distance, c’est le passage d’une frontière. » Chris Marker

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21 octobre 2009

Merci

Merci à Isabelle, qui m'a accueillie si généreusement à Tokyo et qui a supporté ma folie lors de l'ascension du Mont Fuji.

Merci à Sensei, pour son accueil, sa confiance et sa générosité.
Merci à Emi-san et à toute l'équipe de Yume Yusai.

Merci à Dai Hirano, à Tokutaro Hirano et à son épouse pour leur accueil à Kyoto.

Merci à Kesuo et sa famille pour leur accueil, leurs précieux conseils, dans le Ghest House le plus généreux jamais rencontré:
www.guesthouse-bon.com/

Merci à Jean-Paul Ollivier pour sa disponibilité et son accueil à la Villa Kujoyama.

Merci à Elise Mérigeau pour sa disponibilité et son accueil à l'Institut Français à Tokyo.

Merci à Hélène Kelmachter et à Marianne Bevand pour leur disponibilité et leur accueil à l'Ambassade de France.

Merci à Aki et Dan pour le beau weekend passé ensemble.

Merci aux nombreux japonais qui m'ont aiguillée dans mes pérégrinations avec générosité, engagement, détermination et courtoisie.

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