En fait, j’ai gravi le Mont Fuji avant d’avoir pu le voir à distance. En été, l’humidité de l’air est telle, qu’on ne peut pas l’apercevoir.

 

Dès les premiers mètres, à la tombée de la nuit, le spectacle de la plaine illuminée s’est donné à nous. Des villes en forme d’étoiles filaires, reliées par des réseaux, ou séparées par des lacs ou des petites montagnes, semblaient comme en suspension, la matière disparaissant dans la nuit, seule la lumière témoignait encore de leur présence inconsistante.

 

Nous étions nombreux et formions tous ensemble un corps de mille-pattes lumineux géant dont le corps se détendait ou se comprimait selon la difficulté du terrain.

 

L'ascension du Fuji est une ascension sans fioritures et sans concessions: ligne droite tracée jusqu’au sommet, courbe exponentielle de plus en plus raide à mesure qu’elle avance, nous faisant changer d’atmosphère à une vitesse un peu folle. J’étais dans le bon état d'esprit ce jour-là : j’avais l’ivresse des hauteurs heureuse et ma compagne d’ascension a pu voir dans mon regard fou celui de Fitzgaraldo à l’assaut de l’Amazonie...

 

Nous sommes arrivées au sommet à l’aube, où le soleil nous nous a laissé un peu de temps avant de nous offrir ce qu’il a de meilleur, dans le silence respectueux des centaines d’êtres qui étaient venus à sa rencontre.

 

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En quittant Fuji, dans la plaine, je me suis retournée et je l’ai aperçu derrière le train qui allait nous ramener à Tokyo. Immense, immensément bleu pâle, comme les nuages, à s'y confondre.

 

Je savais bien qu'en le gravissant nous flottions.

Merci Fuji San.